Lot-et-Garonne : quand la participation devient une instance de gouvernance — l'expérience des « Experts du vécu »
Genèse, cadre juridique, COPIL élargi, preuves chiffrées et facteur humain : ce qui rend l'expérience du Lot-et-Garonne exemplaire et transférable pour les politiques d'insertion.

Article 2 d'une série de trois sur le rôle de la participation des personnes accompagnées dans les politiques d'insertion. Lire l'article 1.
Beaucoup de Départements parlent de participation. Peu la formalisent. Encore moins en font une instance de gouvernance reconnue, financée, évaluée.
Le Département de Lot-et-Garonne fait partie de ces rares collectivités qui ont franchi toutes les étapes — et qui peuvent en présenter le bilan.
Une genèse politique, un ancrage stratégique
Le collectif des « Experts du vécu » est né en 2022 sous l'impulsion de la Présidente Sophie Borderie, dans le cadre du renouvellement du Plan Départemental d'Insertion / Pacte Territorial d'Insertion 2023-2027. Initialement éphémère, il a été pérennisé par décision politique. Son fonctionnement est encadré par un règlement co-construit avec ses membres et adopté en assemblée départementale en janvier 2024.
Le dispositif est co-financé par le Fonds social européen +, ce qui ancre sa légitimité dans le cadre européen de l'inclusion active évoqué dans le précédent article.
Ce qui en fait une expérience pilote
Cinq éléments structurants la distinguent d'une simple démarche participative.
- Un statut juridique formalisé. Les membres du collectif sont collaborateurs du Département. Ils sont couverts par les assurances institutionnelles, défrayés sur barème, et soumis à une charte de bonne conduite — elle aussi co-construite.
- Une formation préalable structurée, sur le fond (cadre juridique du RSA, fonctionnement des instances) et sur la forme (gestion émotionnelle, prise de décision, posture). Avec une première participation systématiquement à titre d'observateur pour ne pas mettre la personne en difficulté.
- Une présence dans les instances décisionnelles. Les membres siègent en équipes pluridisciplinaires RSA et en commission départementale RSA, sur dossiers anonymisés.
- Un COPIL élargi trimestriel, où cadres de la DGADS et membres du collectif siègent ensemble — pas en consultation, en gouvernance partagée.
- Une coordination dédiée, identifiée comme la condition de réussite du dispositif. J'y reviens.
Les preuves chiffrées
Après trois ans, le premier bilan officiel (décembre 2025) a été produit selon une méthode participative : 12 experts du vécu, 5 cadres et la coordinatrice ont rempli des questionnaires différenciés. 40 journées de rencontre sur l'année. Budget annuel : 7 252 €. À ce niveau de coût, le rapport impact / investissement est tout simplement sans équivalent dans les politiques d'insertion.
Les effets mesurés sur les personnes sont documentés sur onze dimensions : estime de soi, assurance, sentiment d'appartenance, capacité à oser apporter un point de vue, à parler de soi, à gérer ses émotions, à accepter le désaccord, à faire consensus, compétences techniques, communication, sentiment de citoyenneté. La progression est marquée sur l'ensemble.
Côté parcours : 11 experts sur 12 indiquent une évolution de leur vie sociale, 9 sur 12 l'amorce d'un projet personnel, 11 sur 12 l'amorce d'un projet professionnel.
Côté cadres : un changement de posture confirmé sur la durée, une transformation des représentations, un décloisonnement des services. Une professionnelle accueillie au collectif témoigne d'une expérience qui, après douze ans dans le travail social, a redonné du sens à sa pratique.
Le facteur humain : la coordination
Une démarche participative sans coordination dédiée s'épuise.
À Lot-et-Garonne, cette fonction est portée par Katia Francolon, Cheffe de projets transversaux au sein du Service Ressources et Transversalité (Direction de l'Action Sociale, DGA Développement Social).
Le bilan est sans ambiguïté : tous les acteurs — experts comme cadres — la désignent comme l'« actrice essentielle » de la réussite du dispositif. C'est elle qui tient le cadre de confiance, qui régule les COPIL, qui forme les nouveaux membres, qui fait le lien avec les partenaires de terrain. Sa posture — décrite comme exigeante et bienveillante, structurante et facilitatrice — est ce qui permet à la transversalité de fonctionner réellement.
C'est un point souvent sous-estimé par les collectivités qui veulent dupliquer ce type de démarche : la participation se professionnalise. Sans coordinateur·rice formé·e à l'animation de groupes mixtes professionnels / personnes accompagnées, le dispositif ne tient pas.
La lucidité comme marque de sérieux
Le bilan n'élude rien des freins. Le principal n'est pas logistique — c'est postural. Certains professionnels résistent à la participation par peur de perdre leur légitimité, par réflexe du sachant, par crainte du changement. Le Département le nomme, et engage des leviers : formation des travailleurs sociaux, présence des experts dans les CMS, désacralisation progressive.
Cette lucidité est ce qui distingue une démarche participative mature d'une opération de communication.
Pourquoi cette expérience compte au-delà de Lot-et-Garonne
Elle prouve trois choses.
- La participation institutionnelle produit des effets mesurables — sur les personnes, sur les cadres, sur l'institution.
- Elle transforme les organisations plus qu'elle ne les coûte.
- Elle se construit méthodiquement : volonté politique, règlement, statut, formation, coordination dédiée, gouvernance partagée. Ce n'est pas une posture, c'est une infrastructure.
Pour les directions de Conseils Départementaux, de Missions Locales, de PLIE qui s'interrogent sur la mise en œuvre du principe européen de partenariat, le cas du Lot-et-Garonne est une référence concrète, transférable, et désormais documentée.
Mais elle révèle aussi une limite — qui n'en est pas une, à condition de l'identifier.
La participation institutionnelle change la politique publique. Elle ne change pas, à elle seule, la posture du référent face à la personne accompagnée dans son entretien d'accompagnement individuel. C'est l'autre échelle de la participation — celle du parcours — que j'aborde dans le prochain article, à partir des leviers de la méthode MAPPI®.
Pour aller plus loin
Si la démarche du Lot-et-Garonne fait écho à un projet dans votre structure, l'équipe de b2c projet est à votre disposition pour échanger.
Trois portes d'entrée possibles :
- Diagnostic participatif. Une analyse partagée du niveau actuel de participation des personnes accompagnées dans vos dispositifs, à l'aune du cadre européen et de la méthode MAPPI®.
- Accompagnement à la mise en place d'une instance de participation. Sur le modèle inspiré du Lot-et-Garonne : règlement, statut, formation, coordination, gouvernance.
- Formation MAPPI®. Cycles dédiés aux professionnels de l'accompagnement et aux cadres de l'insertion.
Écrivez-nous à contact@b2c-fr.com.
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